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Entre influence explicite et implicite…

 


Les recherches en psychologie sociale relatives à l’ ‘influence sociale’ n’ont eu de cesse de démontrer que le jugement individuel était altéré, faussé par le comportement d’un autrui en présence. Dans ce contexte, les premiers travaux ont travaillé sur des formes explicites d’influence, nommées aussi obéissance ou soumission à l’autorité. L’expérience célèbre de Stanley Milgram (1963) place des sujets en situation d’administrer des décharges électriques à un autre individu, corrélativement à ses niveaux de réponse dans une tâche de mémorisation. Les décharges électriques sont croissantes, de sorte que plus l’individu en face se trompe, plus le voltage est élevé, pouvant aller jusqu’à 450 volts (que les sujets savent être possiblement mortelle).

Naturellement les sujets résistent à administrer des décharges lourdes, faisant ainsi valoir leur entendement et leur morale, conduisant le groupe contrôle à refuser à 80% d’administrer des décharges supérieures à 120 volts. Pour autant, dans l’expérimentation, un autre groupe a été soumis à une influence explicite, symbolisée par la présence d’un scientifique (valant pour autorité) qui insistait sur la nécessité de continuer la procédure pour les besoins de l’expérimentation. Dans ce cas, 100% des sujets ont accepté d’administrer 285V, et 65% d’entre eux sont mêmes allés jusqu’aux 450 volts !

Heureusement pour tout le monde, les décharges étaient factices, les sujets réalisant la tâche de mémorisation et subissant les décharges électriques étaient complices de l’expérimentateur, acteurs, et simulaient. Ceci dit, cette expérimentation démontre comment l’esprit humain, quand il est mis en situation sociale d’influence, est susceptible d’accomplir des actes non cautionnés, dès lors que celui qui exerce l’influence est considéré comme une autorité légitime.

A la suite de ces travaux, et après un perfectionnement des conclusions, les travaux se sont tournés vers la compréhension des phénomènes d’influence implicite, c’est-à-dire les processus discrets par lesquels des phénomènes similaires peuvent être observés sans qu’autrui n’ait à exercer directement et ouvertement son influence. Ces travaux ont été considérés comme relavant de la « soumission librement consentie », puisque dans ce cas précis l’individu voit son entendement influencé alors même qu’il pense être totalement libre de ces actes et décisions. Par exemple, si un agent de police (autorité légitime) vous demande de ne pas prendre le volant en sortant d’un pub, l’influence est explicite. Dès lors que cette autorité n’est plus légitime, par exemple si le barman vous le demande, l’effet d’influence est perdu (seuls 10% acceptent) … sauf si le barman met en œuvre une forme implicite d’influence, faisant grimper ce taux d’acceptation librement consentie à 58% dans l’étude de Taylor et Booth-Butterfield (1993).

Cette distinction entre influence explicite et implicite illustre toute la finesse des interactions sociales et l’art de conduire autrui à adopter le comportement souhaité. Dans le cas de l’obtention d’une obéissance face à une autorité légitime, l’effet est plutôt garanti, mais au détriment du cautionnement de l’individu ; dans le cas de l’obtention d’une soumission librement consentie, l’effet est prouvé scientifiquement et présente l’avantage de générer chez l’individu le sentiment d’avoir librement accepté la requête, et bénéficie donc en sus de son assentiment…

 

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